Projet Cysticercose
Épidémiologie, contrôle et fardeau
de la cysticercose
La cysticercose, qu’est-ce que c’est ?
La cysticercose à Taenia solium est une zoonose parasitaire qui se transmet entre les humains et les porcs. Dans son cycle classique, Taenia solium est un vers présent dans l’intestin des humain⸱es au stade adulte (❻), et dans les muscles des porcs au stade larvaire (❹). Les humain⸱es contaminent l’environnement avec des œufs du parasite lorsqu’ils n’utilisent pas de latrines (❶). Les porcs s’infectent en ingérant les œufs présents dans l’environnement (❷). Les humains s’infectent à leur tour en mangeant du porc mal cuit (❺).

Cependant, il arrive qu’à cause d’un manque d’hygiène (mains ou aliments souillés) les humain⸱es ingèrent non pas des larves, mais des œufs du parasite (❼). Le parasite peut alors migrer dans divers tissus : c’est la cysticercose. Lorsque l’infestation a lieu dans le système nerveux central, elle cause la neurocysticercose.
Conséquences de la cysticercose

(Burkina Faso)
Si les porcs ne développent généralement pas de symptômes, leur viande peut être condamnée à l’abattoir, engendrant des pertes économiques. En Afrique sub-saharienne, ces pertes touchent majoritairement les femmes, qui sont le plus souvent en charge de l’élevage.
Chez l’humain, c’est la neurocysticercose qui cause les plus graves symptômes. Dans les régions endémiques, elle est associée à 29% des cas d’épilepsie. Elle représente ainsi l’un des pires fardeau de toutes les infections transmises par les aliments.
L’épilepsie, les autres symptômes neurologiques dus à la neurocysticercose, ainsi que la cysticercose peuvent être prévenus grâce à une approche Une seule santé.
Les recherches de la Chaire
Nous mettons à jour les estimations de la contribution de la neurocysticercose aux symptômes neurologiques en utilisant les données de la littérature et des modèle statistiques Bayésiens, qui permettent d’intégrer les anciennes estimations avec les plus récentes (Mohammad Shah Jalal, Orane Figuet). Ces informations sont utilisées par l’Organisation Mondiale de la Santé pour mettre à jour leur estimation du fardeau de cette maladie, ainsi que d’autres infections transmises par les aliments. Elles permettront aussi de comparer différentes méthodes pour estimer le fardeau de la neurocysticercose dans quatre pays endémiques.
La Chaire utilise des outils épidémiologiques et statistiques innovants pour mieux comprendre les déterminants socio-écologiques de cette zoonose. Ainsi, une revue systématique menée par Elias Jackson a identifié les facteurs qui causent l’infection chez les porcs et les humains. Notre équipe a aussi démontré l’influence de facteurs environnementaux sur la répartition de la cysticercose humaine au Burkina Faso, comme les précipitations et la proximité des rivières. Des modèles de réseaux Bayésiens ont permis d’évaluer l’impact potentiel de plusieurs facteurs de risque sur la cysticercose porcine (Elias Jackson, Olivier Mukuku). Ces modèles seront utilisés pour évaluer le coût-bénéfice de différentes stratégie de contrôle pour la cysticercose porcine et humaine.
Toutefois, un défi de taille demeure dans l’évaluation du fardeau de la neurocysticercose. En effet, le diagnostic requière l’utilisation de techniques d’imagerie médicale. Or, ces techniques sont à la fois imparfaites, et peu accessibles aux populations les plus touchées par la maladie. Notre équipe analyse les erreurs commises par les personnes qui lisent les dossiers d’imagerie médicale, ce qui pourrait conduire à réévaluer le fardeau de la neurocysticercose dans le monde (Fiston Mbutiwi, Roméo Mahouhognon, Mohammad Shah Jalal). Un autre projet est également en cours pour développer des outils diagnostiques basés sur des marqueurs de la réponse immunitaire dans le sang ou le sérum.
Enfin, la Chaire a contribué au développement de plusieurs interventions éducatives qui ont permis de contrôler l’infection chez les porcs et les humains en Afrique subsaharienne. Nous avons en outre développé des modèles mathématiques pour identifier les mesures de lutte les plus efficaces. Ces modèles ont démontré que l’amélioration de l’utilisation des latrines a un impact plus important sur le contrôle de la cysticercose humaine que l’amélioration de la cuisson de la viande, permettant ainsi de prioriser les interventions à mettre en place dans les zones à risque.

Ce contenu a été mis à jour le 11 mars 2025 à 12h25.